21. Des indices économiques intelligents

1. LA NECESSITE D’AVOIR DES INDICATEURS INTERNES

indices-economiqueUn corps vivant dispose d’indicateurs internes pour savoir s’il va bien. L’absence de douleur lui indique qu’il n’est pas blessé. Ses capteurs thermiques le renseignent sur sa température interne. La soif est détectée, la faim également. Il est capable de percevoir l’invasion virale par une montée de fièvre, etc. Ces signaux lui permettent d’ajuster ses comportements pour rester en vie et en bonne santé.

Pareillement, le corps social doit avoir des indicateurs efficaces lui permettant d’appréhender son état général, l’état de ses cellules humaines et de ses organes, et la circulation de ses fluides (accès à l’argent), sels et nutriments (accès à la nourriture, aux biens, aux services…), etc. pour ajuster sa conduite et ses choix politiques ou économiques.

2. UTILISER DES INDICES BIOECONOMIQUES VITALISTES

Pour voir si le corps social humain est en bonne santé, des indices bioéconomiques vitalistes doivent être utilisés : ils mesurent l’état de vitalité du corps social, le bien-être de chacune des cellules, l’harmonie fonctionnelle des différents organes entre eux et les possibilités de perpétuation de la vie de la société.

Un thermomètre permet au corps humain de connaître sa température. Si elle se situe aux environs de 37°C, c’est un signe de bonne santé. Si la température monte, nous savons que la maladie est là.

Et bien pour le monde actuellement, c’est tout le contraire : nous avons des indicateurs qui disent que tout va bien quand tout va mal ! Ils nous indiquent que nous n’avons pas la fièvre, alors que nous sommes en crise. En effet, les décisions politiques se prennent sur des indices économiques tel le PIB (Produit Intérieur Brut).

tremblement-de-terreOr celui-ci mesure de manière positive non seulement une croissance qui serait normale et saine, mais aussi tout ce qui participe à la reconstruction. Par exemple, si l’on doit reconstruire une ville suite à un tragique tremblement de terre, l’indice va monter, car nombre d’entreprises vont trouver du travail sur le chantier. Un pétrolier s’échoue et dévaste des centaines de kilomètres de littoral, tuant des milliers d’oiseaux ? Les équipes de nettoyage vont pouvoir utiliser leurs pelles et faire grimper l’indice, tandis que leurs entreprises se frottent les mains ! Un cyclone souffle nos maisons que, stupides, nous nous obstinons à construire carrées ? Quelle merveilleuse perspective pour les constructeurs et pour le PIB !

C’est exactement comme si le corps estimait se sentir en grande santé par ce qu’il est en train de reconstruire ses tissus endommagés. Mais s’ils ont été endommagés, n’est-ce pas suite à une blessure, à une atteinte, à une maladie grave, à une attaque, qui en réalité fragilisent l’organisme ?

« Nous avons en revanche la preuve permanente que notre représentation actuelle de la richesse, et l’usage contre-productif que nous faisons de la monnaie, aggravent les problèmes auxquels nos sociétés sont confrontées au lieu de nous aider à les résoudre. Dans la plupart des dossiers qui ont été au cœur des débats publics de ces derniers mois, de la vache folle à l’Erika, de l’amiante aux accidents de la route, des conséquences de la grande tempête de décembre 1999 à la crise des carburants de l’automne 2000, il y a toujours un élément commun que l’on oublie curieusement de rappeler : ces catastrophes sont des bénédictions pour notre Produit Intérieur Brut , ce chiffre magique dont la progression s’exprime par un mot qui résume à lui seul la grande ambition de nos sociétés matériellement développées et éthiquement sous développées : LA CROISSANCE ! Plus de destructions = plus de PIB Car les centaines de milliards que coûtent à la collectivité ces destructions humaines et environnementales ne sont pas comptabilisées comme des destructions mais comme des apports de richesse dans la mesure où elles génèrent des activités économiques exprimées en monnaie. A supposer que nous n’ayons aucun accident matériel ou corporel, ni morts ni blessés sur les routes de France l’année prochaine, notre PIB baisserait de manière significative, la France perdrait une ou plusieurs places dans le classement des puissances économiques et l’on verrait nombre d’économistes nous annoncer d’un ton grave que la crise est de retour. (…) Il est temps de changer de représentation Il est donc plus que temps de nous atteler à ce chantier considérable du changement de représentation de la richesse et de la fonction que joue la monnaie dans nos sociétés. Définir l’évaluation comme une délibération sur les valeurs, La question des « indicateurs » qui relèvent des outils ne peut donc être dissociée de celle des « critères » qui relèvent du débat sur les fins. « Oui à l’économie de marché, non à la société de marché » Il s’agit, on l’a compris, de retrouver, à l’aube de ce siècle, la force originelle du principe associatif, celle qui cherche, à travers et au-delà de l’économie, à substituer la logique coopérative des jeux gagnants/gagnants à la logique guerrière des jeux gagnants/perdants. » (Viveret Patrick : Rapport au secrétaire d’Etat à l’économie solidaire (France) remis en mars 2002 – publié aux éditions de l’Aube sous le titre « Reconsidérer la Richesse »)

3. DES INDICES ECONOMIQUES PARFAITEMENT INADAPTES ET STUPIDES

Notre système économique occidental est véritablement fou et monstrueux : alors que nous pouvons grimper jusqu’à la lune et piéger l’infiniment petit dans des supermachines, près de 3 milliards de personnes – la moitié de l’humanité – vivent avec moins de 2 Euros par jour. C’est logique, parce qu’idéologiquement, le système qui broie tant d’existences dans ses mains d’acier, comme un géant sans âme, n’est pas fondé sur la solidarité et qu’il utilise des indices économiques parfaitement inadaptés, pour ne pas dire stupides.

Pour fonder leurs décisions, les politiciens ne se basent pas sur la Vie ou des indices qui accentueraient la vitalité de la nation, le bonheur des gens, mais sur son ARGENT. Obnubilés par cet objet devenu « sacré », ils oublient de regarder les êtres humains. Et ne parlons pas des autres espèces, animales ou végétales : pour eux, elles n’existent que pour assouvir les besoins, ou les instincts les plus odieux de l’espèce humaine…

Nous avons donc des indicateurs incomplets et incompétents, qui ne donnent qu’une partie de la situation réelle, qui indiquent que tout va bien alors qu’en réalité le peuple sent bien que tout va de plus en plus mal. Plus on dévastera l’environnement, et plus il y aura de travail de réparation, plus le PIB grossira… autrement dit, continuons à nous détruire, c’est notre salut ! (1)

chomageUn autre exemple : ces indices nous disent que notre économie se porte plutôt bien alors que le nombre de personnes se rendant aux restos du cœur augmente chaque année et que les sans logis sont de plus en plus jeunes. D’autres prétendent que le coût de la vie a baissé, alors que, manifestement, les petits salaires ne parviennent plus à boucler leur fin de mois. Les statistiques arrivent à prétendre que le nombre de chômeurs diminue, simplement en les supprimant des allocations… La liste est longue de ces prétendus chiffres exacts de l’économie…

Nous n’avons pas non plus d’indicateurs chargés de mesurer la souffrance – ou, si nous en avons, nous ne les utilisons pas. Et pourtant, comme nous avons mal !

Nos ados se droguent, nos enfants souffrent d’illettrisme… et nous détruisons le système scolaire… Notre santé se dégrade, le taux de cancer n’a jamais été aussi élevé, nous consommons des montagnes de tranquillisants… et nous dé-remboursons les médicaments et interdisons les médecines nouvelles… La télévision et les jeux vidéo apprennent à nos enfants à tuer(1)… et nous déversons des émissions-poubelles et des meurtres en série pour faire de l’audimat à longueur d’année…

Bref, nous ne prenons pas en compte notre douleur. Pire, pour alimenter la machine folle, nous prenons des options qui l’augmentent chaque jour un peu plus. Nous sommes pris dans une spirale morbide et toutes les décisions mises en place ne font qu’aggraver la situation.

« A quoi sert-il d’avoir un PIB par tête très important si vous vivez dans un pays où la démocratie n’existe pas ? A quoi sert-il de vivre dans un pays riche si l’air que vous respirez est complètement pollué et si la majorité des habitants du pays voisins vivent dans le dénuement le plus complet ? »  Pierre Le Roy

Un être vivant est mu par deux choses fondamentales : la recherche du plaisir, lié à l’assouvissement de tous les besoins fondamentaux, et l’évitement de la douleur. Mais nos indices économiques, au lieu de chercher à satisfaire ces nécessités… se préoccupent de chiffres froids et inefficaces…

4. IL EST DONC URGENT DE CHANGER D’INDICATEURS ECONOMIQUES

ball02c.gifLes indicateurs économiques doivent montrer l’état de santé du corps social.

ball02c.gifIls doivent montrer : Le bien-être de chaque cellule-citoyen le bien-être de chaque organe-Etat et par conséquent le bien-être de l’organisme entier

5. DE L’ETAT DE SANTE BASIQUE VERS L’ETAT DE SANTE OPTIMUM

santéUn corps n’est pas seulement un morceau de viande animé dont il suffirait, pour le maintenir en bonne santé, de respecter strictement les besoins biologiques par un air de qualité, une nourriture saine, de l’exercice, etc… C’est aussi un organisme global qui a besoin de vivre l’état de bonheur et l’absence de conflits graves, qui a besoin de visions et d’espoirs.

Si nous voulons survivre, il n’y a pas d’autre choix : l’économie doit enfin se mettre à gérer la maison d’une manière humaine et apporter le bonheur à sa maisonnée. Supporterions-nous de vivre à notre domicile dans une maison sale, avec des placards vides et des habitants qui s’affrontent constamment ? De nous coucher le soir et d’être réveillés à coup de mitraillettes ? C’est pourtant ainsi que la nation la plus puissante entend gérer ses conflits avec ses voisins, à coup de bombes radioactives.

Si la violence était efficace pour régler les affaires domestiques, cela se saurait depuis longtemps ! Comment pouvons-nous penser qu’elle le soit pour régler les affaires du monde ?

Seule une manière pacifique de régler les conflits peut aider à résoudre les difficultés qui se posent. Seuls des indices basés sur le bien-être et le bonheur peuvent nous permettre d’ajuster notre économie globale pour le maintien en excellente santé de notre corps social planétaire.

 ball02c.gif L’état de bonheur d’une société naît de la somme des bonheurs ou bien-être individuels.

 ball02c.gif Ils doivent montrer : Le bien-être de chaque cellule-citoyen, le bien-être de chaque organe-Etat et par conséquent le bien-être de l’organisme entier

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Cet indice doit prendre en compte, au minimum et de manière non exhaustive :
–  l’espérance de vie à la naissance (qui donne une idée de l’état sanitaire de la population du pays),
–  le niveau d’instruction mesuré par la durée moyenne de scolarisation et le taux d’alphabétisation,
–  l’éducation primaire universelle, parité entre les sexes, alphabétisation et qualité.
–  la condition enfantine ( respect, protection par rapport à la prostitution et au travail)
–  l’accès à la contraception
–  la pauvreté ou la richesse
–  la possibilité d’accès aux ressources pour une vie décente
–  l’accès à l’eau, à l’énergie,
–  l’accès aux services publics,
–  le droit d’avoir accès à une justice juste
–  le droit à l’assurance maladie et à la retraite – la sécurité individuelle, le risque nucléaire civile et militaire
–  l’égalité entre hommes et femmes (2)
–  la démocratie, les droits humains et des travailleurs, notamment syndicaux,
–  le Niveau et la qualité de la vie
–  la vie culturelle et l’état de l’intelligentsia
–  l’état de l’environnement
–  la part des ressources et énergies renouvelables
–  la capacité à défendre ou à restaurer l’environnement

Il est sans doute bien difficile d’appréhender et de manier statistiquement ce qu’est « l’état de bonheur », et comment nous pourrions faire pour « calculer » cela. Mais un questionnaire léger, que les citoyens peuvent remplir le jour d’une élection, en utilisant une échelle de 0 à 10, renseignerait les gouvernements sur cet état et donc sur la politique à tenir.

Citons par exemple :

Dans votre pays, vous sentez-vous heureux ou malheureux ? Etes-vous optimiste ou pessimiste pour votre avenir? Etes-vous optimiste ou pessimiste pour l’avenir de vos enfants et petits enfants ? Etes-vous optimiste ou pessimiste pour l’avenir de votre pays ? Etes-vous optimiste ou pessimiste pour l’avenir de votre planète ? Etes-vous satisfait de vos conditions de vie ?
Sur quels points désirez-vous une amélioration des conditions sociales ? Prioritairement …… secondairement….. Commentaires : ………

Les deux dernières questions permettent d’avoir de véritables données sur les priorités des citoyens.

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(1) Lire « Comment les jeux vidéos apprennent à nos enfants à tuer »                   Dave A. Grossman

(2) Les femmes sont en général plus durement touchées que les hommes par les problèmes de développement. Le Pnud mesure cela avec deux indices composites de développement humain :

l’ISDH, indicateur sexo-spécifique de développement humain ; il s’agit de l’IDH calculé séparément pour la population masculine et pour la population féminine, avec un facteur de correction pour représenter le fait que la durée de vie des femmes est naturellement plus élevée. La discrimination sexuelle est considérée comme extrême lorsque l’ISDH féminin est inférieur de vingt points à l’IDH. Avec ce calcul, les neuf pays où la discrimination sexuelle est la plus extrême sont : le Yémen (-58), l’Arabie saoudite (-35), Oman (-32), la Guinée-Bissau (-31), le Soudan (-29), la Syrie (-23), la Libye (-22), Bélize (-21), l’Algérie (-20).

l’IPF, indicateur de la participation des femmes.


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