3. Naissance la bioéconomie


1. Une économie mondiale incompréhensible

Une visite au cœur de l’économie mondiale, en ce début du XXIème siècle, ressemble à ces parcours de château hanté que l’on trouve dans les foires.
On pénètre dans un univers complexe, où tout semble obscur.
Quand on pose les pieds, à certains endroits, le sol se dérobe, on reçoit des jets d’air froid, décourageant l’exploration.
Ailleurs, les murs sont bizarres, inattendus, on se demande comment ils sont faits.
Parfois un coin du voile se lève, on aperçoit l’horreur de la prostitution enfantine.
Au détour d’un couloir de ce labyrinthe, surgit une autre abomination : le travail des esclaves dans les pays défavorisés…
Plus loin, hurle l’univers concentrationnaire des élevages industriels…
et celui des camps de réfugiés où l’on meurt dans un silence fracassant…
On passe devant l’univers nauséeux de la malbouffe, devant le spectre terrifiant du nucléaire, à côté de la sorcière ogm…
On avance toujours à tâtons, pour tomber sur des cercles vicieux, des roues qui tournent sans fin et qui ramènent douloureusement sur le sol, tout comme la politique économique, qui, sans cesse, produit des riches encore plus riches, et des pauvres encore plus pauvres…
Quand on se retrouve enfin dehors, on sait que l’on n’a vu qu’une petite partie des choses,
et que tout encore nous reste impénétrable…

Bref, l’économie mondiale est un univers glauque, incohérent et totalement incompréhensible pour le citoyen de base qui ne peut traduire en langue ordinaire le discours complexe des économistes.

S’agit-il de plonger les gens dans l’incompréhensible, dans l’obscurité, pour que surtout, surtout, la vue d’ensemble ne puisse se faire et que le mécanisme sous-jacent de la machinerie ne soit pas dévoilé ?

Et pourtant… c’est finalement très simple.

Il suffit d’allumer la lumière, et d’observer la situation sous cet éclairage différent.

2. Cette lumière s’appelle la Vie, tout simplement

Il s’agit juste de regarder les mécanismes, de les comparer au vivant, et tout s’éclaire.
Ce qui paraissait incompréhensible devient évident, ce qui paraissait complexe devient facile…

lumière de la Vie

Il sera facile de voir que l’économie mondiale actuelle est fondamentalement une économie de Mort et qu’elle entraine irrémédiablement le monde à sa perte. Pour continuer à exister, comme un monstre qui a pris une vie autonome, elle plonge de plus en plus l’humanité dans des mécanismes absurdes  et pervers [1] .
Il serait très simple en réalité de transformer notre économie simplement en changeant deux ou trois principes de base qui sous-tendent la gestion de notre système.

ville permaculture SchuitenDès que l’on aborde le SENS des choses, dès que l’on revient au CONCRET, au VISIBLE, à ce que vivent les gens au quotidien  (A-t-on assez à manger ? Y a-t-il assez de professeurs ? Nos enfants de deux trois ans sont-ils heureux dans des classes avec trente élèves ? Les hôpitaux sont-ils assez nombreux ? Peut-on bâtir des villes agréables à vivre ? Peut-on aller à l’école ? Pourrais-je nourrir mon enfant demain ? Nos arrières petits enfants pourront-ils encore contempler un éléphant ? Puis-je me soigner ? Puis-je vivre en paix ? Puis-je avoir l’eau dont mon corps a besoin ? etc.) on peut voir tout de suite si les mesures prises sont pro ou anti-vie.

3.  Cela faisait plusieurs années qu’une vision anthropocentrique et vitaliste de l’économie me hantait.

J’avais écrit quelques chapitres. Je savais déjà que le système bancaire était devenu un véritable cancer pour l’humanité. Mais je n’avais pas de mot pour définir cette vision.

Je venais de lire un livre passionnant : « La Vie au centre, pour une culture biocentrique » de Bruno Ribant [2] et cette idée de « Vie au centre » ne m’a plus quittée. Le lendemain matin je me suis réveillée avec ce mot dans la tête : «bioéconomie». Bien sûr.

C’était évident.

Une économie de vie, pour remplacer notre économie de mort.

J’ai donc commencé mon ouvrage. Curieuse, j’ai cherché si d’autres avant moi avaient employé ce mot simple et si parlant. Je suis tombé sur la Bioéconomie de Nicolas Georgescu-Roegen, que je ne connaissais pas à l’époque. Un peu déçue, je n’osais lui emprunter son mot, puisqu’il était le sien. J’allais utiliser les mots de « biosocioéconomie »,  « bioéconomie organique », « bioéconomie vitaliste », « économie biocentrique »ou quelque chose dans ce genre. Puis, en y regardant de plus près, j’y ai vu tant d’affinités dans l’esprit que je me suis décidée à l’employer quand même. Bien sûr, Georgescu-Roegen utilise le champ de la thermodynamique pour asseoir son propos, science qui m’est peu familière, tandis que j’utilise des notions issues de la biologie. Mais je crois que ma vision est pleinement en accord avec son œuvre, fille cachée et naturelle en quelque sorte. Il a pris la Terre comme système global, je prends l’humanité, mais c’est toujours une échelle du Vivant…

L’œuvre de cet homme est majeure. Je suis sûre que ce grand homme ne serait pas fâché de ma demande de filiation. J’assume donc pleinement et avec reconnaissance cette parenté. Pour ceux que cette parenté dérange, rien ne les empêche de prendre les termes cités plus haut.

Depuis, malheureusement, le terme “bioéconomie” est employé pour parler aussi bien de l’économie de l’agriculture et des ressources vivantes, que des techniques de manipulations génétiques.

4. La Bioéconomie : une économie au service de la Vie

Il vous est donc proposé un regard particulier, une vision différente et novatrice des choses :
chaque chose peut se dessiner ou s’expliquer avec une échelle graduée de la Mort vers la Vie.

Chaque fois  que des politiciens vous serviront des platitudes incompréhensibles, en utilisant la langue de bois,
vous présenteront des arguments fumeux,
essayeront de vous vendre des régressions pour des avancées sociales,
utiliseront la «pédagogie» alors que vous êtes adultes, pour essayer de vous con-vaincre,
diminueront vos acquis au nom d’une quelconque solidarité,
vous demanderont des sacrifices, alors que d’autres solutions existent…
vous pourrez voir quel maître ils servent :
celui qui veut votre asservissement, ou celui qui veut votre bonheur.

Il n’y a plus d’échappatoire possible, tout prend du sens.

À la lumière de cette nouvelle perspective, nous pouvons voir en quelques coups d’œil combien notre économie actuelle est quelque part, inadaptée, contre-productive et criminelle… Et combien il serait facile, en suivant des principes biorespectueux, d’avoir un système sain et une société qui prendrait enfin soin de tous ses membres.

Le challenge n’est pas idéologique : il en va tout simplement de la survie de notre espèce, de la survie globale de l’oasis de vie qu’est la Terre.

Devant la situation d’urgence du monde,terre enceinte
devant la terrible condition humaine, animale, végétale,
il est de la plus haute urgence de mettre en place une gestion économique qui ne soit plus biocide
mais biophile et biogénique,
qui respecte, protège et génère la vie au lieu de la détruire.
C’est le but de la bioéconomie.

Pour mettre la Vie au centre de l’économie, il suffit juste de prendre modèle sur le Vivant… Et de suivre ce modèle…

Puisse cette nouvelle perspective donner un peu de joie aux enfants de la Terre, qu’ils soient humains ou non.

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[1] Comme, par exemple, faire travailler un jour férié pour palier aux effets conjugués du grand âge, de la malbouffe, des effectifs en sous nombre dans les services de santé de la canicule, et du réchauffement planétaire.
[2] «Mettre la vie au centre de nos vies» Bruno Ribant, Editions Alphée.


Image Cité végétale : Luc Schuiten (architecte visionnaire)

 

 

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