25. Le coût des matières premières

Les matières premières ont-elles un coût ?

Un des mythes fondateurs de l’économie moderne est de faire croire à tout le monde qu’une matière première a un coût… Cela semble tellement évident… quand on n’y regarde pas de trop près !

matières premières

En fait, cette idée absurde et erronée fausse tous les calculs économiques.

Faisons d’abord un petit détour… Arthur se promène dans la forêt. L’ombre y est légère, les odeurs vertes. Il s’engage sur un chemin creux. Sous ses pas le sol est meuble, la marche est souple, agréable. Au détour d’un buisson un gros noisetier paresse au soleil, tranquille, attendant sagement dans une brise légère que l’on vienne admirer son travail. Arthur, ravi tend la main. Avec une pensée d’admiration, il cueille une noisette. Jeune, parfumée, tendre, elle se laisse croquer avec un petit bruit frais.
Dame Nature, dans son infinie fécondité, n’a demandé aucune pièce,
ni aucun billet pour la petite noisette si joliment mûrie.
Aucune voix ne s’est élevée de l’arbre pour dire : « C’est 70 cents d’Euros, payez-moi immédiatement »
.

la-cueillettePour le corps social, c’est pareil. Pour fabriquer un objet, on prend de la matière première. Contrairement à une idée répandue, celle-ci ne coûte rien en réalité. Si nous croyons le contraire c’est parce que certains se sont arrogés le droit de se dire « propriétaires » du sol et donc de ce qu’il contient. En réalité, la matière est gratuite parce que l’on n’a jamais vu Dame Nature tendre une facture ou demander un kopeck pour une pierre, un minerai ou un arbre. Et c’est bien cela aussi, fondamentalement, qui fausse le problème à la base de l’économie moderne, car le coût de la matière entre dans tous les calculs… Ce coût « sort » de nulle part en fait, mais est « inventé » judicieusement par celui qui se dit propriétaire, qu’il soit particulier ou Etat. Il est rajouté dans les calculs, alors que cela n’a pas lieu d’être. Il y a donc là aussi, insidieusement, un mécanisme de faux monnayage. Celui qui se dit propriétaire a planté ses piquets en premier, certes, et cela lui donne sans doute un droit de jouissance sur les lieux, par antériorité. Mais cela ne peut pas le rendre propriétaire de ce que le sol contient, puisqu’il n’a personne à qui payer la matière qu’il y ramasse !

  • La nature ne se fait pas payer pour les matières premières qu’elle offre généreusement. 
  • Les richesses du sol et du sous-sol ne peuvent donc donner lieu à une revendication de droit de propriété. 
  • Ces richesses appartiennent à l’humanité tout entière. 
  • Il appartient à l’humanité d’en user en biorespectant ces richesses, particulièrement celles qui sont issues du vivant. 
  • La matière première étant gratuite, ce qu’elle coûte en réalité c’est juste du temps et de la peine pour l’extraire ou la mettre en conteneurs. Nous avons donc là un premier salaire. 
  • La matière première ne coûte que le salaire qu’il faut pour l’extraire ou la ramasser.

De la matière à l’objet fini, de nombreuses opérations sont nécessaires. Simples, quand il s’agit de fabriquer des briques en terre crue pour des habitations écologiques, ou extrêmement diverses et imbriquées quand il s’agit d’un appareil aussi compliqué qu’un ordinateur. De multiples personnes interviennent alors danschine_charbon_0 la fabrication de l’objet, des ingénieurs, des programmeurs, des ouvriers, des designers… donc de multiples salaires successifs.

Les fabrications nécessitent aussi l’utilisation d’infrastructures, qui, pareillement, n’ont coûté que des salaires successifs, de l’extraction de la matière pour faire les murs et les toits, etc… jusqu’au montage des bâtiments…

L’énergie est employée. A l’identique celle-ci ne coûte en réalité rien d’autre que des salaires, du moins si nous n’avions pas perdu de vue que la nature ne fait payer ni l’eau de ses rivières, ni ses poches de pétrole, ni le soleil qui nous réchauffe…

  • Le coût de fabrication d’un objet est donc SEULEMENT le coût de la main-d’œuvre nécessaire à la fourniture de sa matière première, à sa fabrication et à l’infrastructure qui l’accueille.

moissonLe coût final d’un objet est la somme des salaires emboîtés (salaire d’obtention de la matière première, salaire pour la fabrication, parcelle des salaires de la fabrication de l’infrastructure avant amortissement, parcelle des salaires de la mise à disposition de l’énergie, parcelle des salaires des distributeurs et transporteurs, etc.) augmenté de la Taxe Bio EcoSociétale.

D’où une nécessité évidente sur un plan monétaire pour l’acheteur : que l’objet subisse le moins d’intermédiaires entre sa fabrication et sa vente finale, et donc chaque fois que possible, qu’il soit fabriqué et vendu localement. Cette nécessité se retrouve bien entendu dans l’impact écologique, car en évitant au maximum les transports, l’effet de serre se trouve moins accentué.

  • La bioéconomie favorise la production, la consommation locale et la vente la plus directe possible.

En ce qui concerne les services, c’est identique : de même que l’on doit garder ses jambes avec des muscles bien irrigués pour pouvoir fuir si besoin est, un corps social doit garder ses services publics en état de vigilance et de performance pour pouvoir assurer les urgences et les crises.

Les services sont des objets immatériels tout aussi nécessaires et appréciables que des objets manufacturés.

  • En bioéconomie il n’y a pas de différence fondamentale entre un objet manufacturé (dont le coût correspond à des salaires successifs) et un service (donc le coût correspond aussi à des salaires).

    chimie

La seule différence, est que les objets, en général, – mais ce n’est pas une obligation, c’est une question de choix technologique – entraînent une dégradation de l’environnement, contrairement aux services, qui, eux, les bâtiments mis à part, n’ont que peu d’impacts écologiques.

Pour la manufacture de ces « objets immatériels », les «fabricants » de ces objets reçoivent un salaire ainsi que la part de richesse collective globale.


 

Tableau : La cueillette des pommes Éragny sur Epte (Camille Pissarro ; 1888)

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