27. La privatisation

  1. Idée erronée : l’entreprise comme source unilatérale de richesses

richesseLe public a été formaté pour croire que l’entreprise procure prospérité à un pays et que c’est la seule source de richesses possibles (les services publics ne sont pas considérés comme créateurs de richesses mais au contraire comme gaspilleur d’argent public…). C’est un concept faux, asséné à longueur d’années par les syndicats des chefs d’entreprise et par les politiciens qui les aident, parfois en toute bonne foi. Au nom de cette idée, tandis que l’on baisse les acquis sociaux, que l’on réduit les salaires, on fait des cadeaux aux entreprises. On essaye par tous les moyens d’allonger le temps de travail, de diminuer les salaires et de détruire les acquis sociaux.

désespoirSi les entreprises créent incontestablement des richesses, il faut cependant y regarder de plus près en ce qui concerne les grandes entreprises : quel en est en réalité le coût social ? Quel est le coût humain en terme de santé, de désespoir, de soumission, d’exploitation, de violences secondaires engendrées, de licenciements, de mafias ?… Le profit d’une entreprise n’est pas une fabrication ex-nihilo, mais plutôt, en général, une vampirisation des autres secteurs de l’organisme social, tout au moins en ce qui concerne les grandes entreprises. Elles rachètent d’autres entreprises où il faisait bon travailler, plus petites, mises en faillites par concurrence agressive, puis véritablement dépecées… Pour ces prédateurs économiques, les populations du Sud, spoliées de leurs terres et de leurs cultures, cultivent des denrées coloniales ou travaillent comme esclaves dans des mines, dans des workshops, servant de cobayes ou vendant à bas prix un enfant ou un organe (1).

Quel est aussi le coût environnemental, avec des ressources pillées, des énergies fossiles relâchées, des milieux dégradés, des populations animales ou végétales exterminées, des urbanisations inhumaines ?

  • La véritable richesse d’une entreprise doit tenir compte et des richesses produites et des impacts de la production, impacts humain, social et environnemental.
  1. La folie absolue de l’idée même de privatisation

Observons encore le corps humain.
Toutes les cellules, dans un organisme en bonne santé, concourent ensemble à la vie du corps, et participent ensemble et en harmonie au fonctionnement global.
La société de nos cellules est un tout harmonieux.
morcelleUn corps humain n’est pas coupé en deux, avec d’un côté les cellules qui travaillent pour la collectivité et de l’autre côté des cellules qui travaillent juste pour leur propre compte, cherchant à amasser pour leurs propres besoins,parfois pour des besoins imaginaires, tous les biens circulant, comme l’oxygène des globules rouges et les micronutriments.

Dans un corps, il n’y a pas de système public-privé, c’est complètement absurde ! Quand le privé s’installe, nous l’avons vu, c’est que des cellules vivent aux dépens des autres et qu’elles s’organisent en cancer.

Cette simple comparaison permet de voir combien, fondamentalement, les politiciens modernes se trompent quand ils bradent les services d’Etat et les entreprises nationales, et combien ils détruisent le corps social avec la philosophie de la privatisation.

Cette privatisation tous azimuts a déjà montré ses effets désastreux. Pour la distribution du courrier, pour l’eau, pour les transports, pour la santé, la privatisation a toujours pour conséquences pour l’usager une hausse des coûts, une diminution de la sécurité, une dégradation du service et des infrastructures mal ou pas entretenues. Dans des petits villages, le traitement des ordures par des entreprises privées implique des factures multipliées par trois, parfois plus. Les compagnies d’eau privées agissent de même. On a vu quelles catastrophes la privatisation d’un réseau ferroviaire peut engendrer…

  …Tel un grand navire échoué, notre Homme s’est endormi dans un pré. L’herbe est verte et drue. La terre, sous son dos, est souple et meuble. Confortablement installé, l’Homme a détendu ses jambes et plongé dans les délices d’un repos agréable, certain du bon fonctionnement de son corps, confiant dans le système qui le régit. Dans son organisme, comme une machinerie silencieuse, bien huilée, ses organes travaillent en harmonie pour répondre aux demandes essentielles de l’ensemble de ses cellules, afin que, si besoin s’en fait sentir, il puisse fuir ou affronter, rire ou bouger correctement. Hélas, il a baissé la garde, sa vigilance est engourdie, bercée par des paroles trompeuses. Il ne sait pas la menace qui plane au-dessus de lui. De grands oiseaux noirs s’approchent silencieusement, et lorgnent avec délice vers le Corps Social Humain assoupi. Un gros vVautour olatil, les ailes déployées, examine avec calcul le foie, chargé de convertir l’énergie, un autre s’approprie déjà la rate rebondie, chargée d’une réserve d’argent-sang. D’autres vautours, dans un vol silencieux mais précis, arrivent aussi. Les organes vitaux de notre Homme les intéressent au plus haut point. Quel magnifique festin, envisagent-ils ! Bientôt les charognards vont fondre sur le corps social endormi, et de leur bec puissant vont trancher dans le vif, dépeçant un à un les organes nobles, ceux qui assurait la survie. Qu’importe si l’Homme en meurt ? Il est si important, à court terme, de s’approprier si belle aubaine…

Pareil à ces charognards, les grandes sociétés qui lorgnent sur nos systèmes vitaux, sur nos services d’utilité publique, n’ont qu’un seul objectif, leur profits personnels. Cela n’aura qu’une seule conséquence : la mort du corps social par dérapage financier, dégradation des services, perte de souveraineté, paupérisation grandissante et chaos social…

La privatisation n’a qu’un seul but : l’intérêt financier de particuliers.

Celui-ci n’est jamais compatible avec l’intérêt humain global.

D’ailleurs le credo même de la privatisation « Privatiser les bénéfices, nationaliser les pertes et les responsabilités », montre bien à lui seul, si l’on en doutait, de l’effarent égoïsme des chevaliers de cette « philosophie ». Dans cette logique, au Canada par exemple, une entreprise qui fabriquait de l’amiante, responsable de centaines de cancers et de morts, a attaqué le gouvernement pour « perte de bénéfices »… et a obtenu des millions en dédommagement. C’est dire le manque d’éthique que la justice occidentale devient obligée de quotionner parce que nous mettons le profit et l’argent au centre des politiques et non le respect de la Vie.

Quand les politiciens privatisent, ils agissent exactement comme si, tranquillement, nous décidions de mettre l’intestin d’un côté, les poumons de l’autre, la peau travaillant pour elle-même, tandis que les os s’en iraient jouer des claquettes ailleurs… Ce n’est pas sérieux !

De même, notre tissu social a besoin d’une cohésion totale pour pouvoir fonctionner sainement, et non pas de cellules qui chacune de leur côté, décident sans conscience altruiste, tirant à hue et à dia… Privilégiant l’individualisme contre un collectivisme sain, nos gestionnaires malavisés désagrègent littéralement notre tissu social.

Un corps humain ou un corps social est fait de multiples organes et sous-organes imbriqués dans une interdépendance permanente, nécessaire et vitale.

interdépendanceOn peut donc voir comment cette notion « toujours moins de fonctionnaires » est carrément idiote et dangereuse pour le corps social planétaire… Les politiciens au pouvoir pourtant, ne cesse de dénigrer les fonctionnaires, les méprisant, faisant tout pour s’en débarrasser, montant les salariés du privé contre ceux du public à des fins de démantèlement.

Qu’allons-nous donc avoir avec la politique de privatisation qui s’accélère toujours plus ? Nous aurons – et en réalité nous le goûtons déjà – un corps social composé uniquement de personnes individualistes, ou sociétés individualistes, qui n’ont qu’un objectif, amasser pour elles-mêmes les richesses de la société, chacune s’emparant de la couverture de son côté sans se soucier des autres. Et l’on s’étonnera, après, que plus rien ne marche ? Que les valeurs humaines s’effondrent ? Que des hordes sauvages déboulent dans les cités ? Que la mafia et le terrorisme s’installent ?

Mais il faut bien être réaliste : quand le dernier fonctionnaire aura cessé son activité, c’est la « loi de la jungle », au sens habituel et violent du terme, qui prédominera

  1. Beaucoup plus de fonctionnaires au contraire !

Ce qui se met en place, « quelques fonctionnaires pour une majorité de privés», est un non-sens total en économie vitaliste : le « moins de fonctionnaires » est bien une idée stupide, car les besoins immatériels à combler sont immenses, et ils ne peuvent l’être qu’en harmonie de l’ensemble des cellules, dans la perspective du bien commun. La volonté acharnée que certains politiques ont de vouloir privatiser est un véritable suicide, nous venons de le voir.

Si l’on réfléchit de manière vitaliste, au contraire, un corps social sain ne pourrait avoir QUE des fonctionnaires, chacun accomplissant au mieux un travail dans l’intérêt de tous.

Réellement, nous nous porterions extrêmement bien en n’ayant QUE des fonctionnaires, à condition bien sûr que chacun soit adulte et solidaire, ce qui demanderait une autre éducation que l’éducation concurrentielle… Il est bien évident qu’un peu de privé ne nuirait pas à l’ensemble, et correspondrait bien à cette part de la population humaine qui a besoin d’indépendance, de la stimulation intellectuelle que procure l’œuvre personnelle, mais l’immense majorité des gens ont besoin de stabilité matérielle pour vivre en famille et combler leurs besoins fondamentaux. Un récent sondage montre que 75 % de nos jeunes souhaitent travailler dans la fonction publique, et pourtant, quel avenir leur offrons-nous ?

En bioéconomie les fonctionnaires peuvent être les plus nombreux possibles, et couvrir l’ensemble des besoins vitaux.

  •   Pour la survie de tous, il est fondamental que l’Etat soit maître de tout ce qui fait notre tissu social.

L’Etat doit donc avoir des services publics et des entreprises avec un nouvel esprit, celui du respect de l’employé comme de l’utilisateur.

  • Pour la bioéconomie, il est logique et désirable que l’Etat possède et gère totalement les entreprises de services publics.

L’Etat peut gérer aussi, si la volonté populaire le désire par référendum d’initiative, des entreprises chargées de mettre à la disposition de tous les biens de première nécessité, soit par elles-mêmes, soit en partenariat. Ceci afin de permettre l’autonomie et la survie de chaque endroit du territoire.

Service PublicCes services publics sont là pour rendre des services sociaux et ne doivent avoir comme maîtres mots qu’accueil et efficacité, et non rentabilité et diminution des coûts. Par contre, service public ne veut pas dire nécessairement service gratuit, car, pour une circulation monétaire cohérente, chaque heure travaillée doit recevoir son signe monétaire en échange. Le service public est donc là pour mettre à la disposition de chacun des services de qualité, au coût réel, contrairement au privé dont l’unique obsession est le profit.

  • Tout ce qui est services et biens de première consommation peut être assuré localement par des fonctionnaires. 
  • Les biens de consommation secondaires ou de luxe peuvent être, eux, assurés sans problèmes par des entreprises privées. 
  • Ce qui importe avant tout c’est que le corps social soit autonome, c’est-à-dire qu’il ne compte que sur lui-même pour répondre à ses besoins fondamentaux.

Dans l’absolu, puisque l’argent est créé par l’Etat en correspondance exacte avec la capacité de travail de sa population, on pourrait parfaitement avoir un pays qui n’aurait que des employés fonctionnaires ou assimilés… c’est évident. Mais la bureaucratie serait un peu lourde et certaines personnes ont besoin d’une sensation de liberté, de possession personnelle, où ils se sentent plus créatifs… Le fonctionnariat ne doit pas s’accompagner d’une lourdeur administrative, voire d’un totalitarisme étatique tel qu’ont pu l’engendrer les systèmes communistes, qui privilégiaient l’état et non le corps social et l’individu.

Il ne s’agit pas de tout mettre en commun, mais d’œuvrer ensemble pour le bien commun tout en respectant les propres besoins de chacun.

Les systèmes collectivistes ont oublié cette notion de besoins personnels, c’est une des raisons de leurs faillites. Ces systèmes ont privilégié le collectivisme en oubliant la pulsion individuelle, le besoin de sécurité qui engendre des comportements égocentriques.

A l’opposé, le système fondé sur le culte de l’individualisme détruit tout sens collectif au profit d’un égoïsme dément, illustré tragiquement par les sans-abri, les personnes âgées abandonnées, les enfants sous-alimentés…

Pour que notre société vive enfin, il est nécessaire de coupler l’intérêt général à l’intérêt particulier. On peut, par exemple, intéresser aux bénéfices ou donner des avantages aux salariés.

  • La gestion locale des besoins doit être assurée par des fonctionnaires autonomes.
  • L’attribution des besoins en fonctionnaires est déterminée par référendum au niveau local.
  • L’objectif prioritaire du travail fonctionnaire est de travailler pour le bien commun.
  •  Il est nécessaire de coupler l’intérêt collectif à l’intérêt privé, toujours et en tous lieux.

Comme un vieux corps qui durcit ses artères et ses articulations, le système en place oblige à un verrouillage de ses structures et à une cristallisation préjudiciable, loin d’apporter la liberté de mouvement et la souplesse adaptative pour une vie sociale longue et harmonieuse. Il nous oblige à garder des industries polluantes et destructrices, malgré le désir de millions de gens conscients des risques sanitaires ou environnementaux.

Puisque qu’il faut gagner de l’argent à tout prix, la Guide des Marchands provoque des besoins artificiels pour ouvrir des créneaux de vente, vierges. Au chômage pour cause de restructuration ou de délocalisation, de nombreux travailleurs vont retrouver là un travail. Si l’objet fabriqué n’est pas trop nuisible à autrui et à la nature, au fond peut importe, il est heureux que chacun puisse gagner son pain. Mais si l’objet créé est toxique pour la société, il devient impossible de faire machine arrière : plus le temps passe et plus de personnes s’engouffrent dans le créneau. Les parlements ne peuvent plus légiférer pour interdire le produit dommageable, simplement parce que cela mettrait des cadres ou des ouvriers au chômage. C’est ainsi que l’on continue à produire des produits anti-écologique comme de l’amiante ou des radiateurs électriques alors qu’on pourraient parfaitement les remplacer par des isolants naturels ou des chauffages biorespectueux. On pose à l’entrée des magasins des « murs » anti froid illusoires, car le froid passe par en dessous, mais qui flatte le visiteur, même si ces appareils augmentent dramatiquement l’effet de serre. Pareillement, on poursuit la technologie nucléaire parce que des milliers de travailleurs défendent leurs gagne-pain, et on le comprend aisément. De même on continue une industrie du bâtiment obsolète, extrêmement gourmande en énergie, parce qu’on ne forme pas les constructeurs aux technologies renouvelables. Pour la même raison, nos dirigeants vendent leur âme au diable, visitant avec forces courbettes des états coupables de génocides, contre la vente de quelques airbus ou de quelques trains. La nécessité de mener des guerres naît également ainsi, afin de nourrir le ventre des marchands d’armes. On voit ici la parfaite incohérence, l’ambiguïté imbécile du fonctionnement mortifère de notre économie : d’un côté, on cultive le chômage comme une denrée nécessaire, afin de disposer d’une main d’ouvre docile, on permet les délocalisations sans l’ombre d’une légalisation, mais de l’autre, on est pieds et poings liés à des lobbys qui veulent perdurer, alors qu’ils pourraient naturellement muter.

En bioéconomie, cela ne peut avoir lieu, d’abord parce que la Taxe BioEcoSociétale rend la création même de ce type de produit tout à fait inintéressant, financièrement, ensuite parce que l’Etat, en émettant l’exacte quantité de monnaie, peut recycler facilement de tels travailleurs pour des productions plus utiles et leur offrir des formations.

  •  Quand une production est nuisible à la société, l’état a le devoir de recycler les travailleurs liés à cette production en leur offrant formation et nouvel emploi.

4. Les entreprises citoyennes

L’Etat peut aussi posséder des  « entreprises citoyennes » pour permettre aux jeunes de démarrer et de monter une activité.

voir page : les entreprises citoyennes


(2) L’unité Locale est l’unité sociale de base, c’est-à-dire un groupement administratif de personnes (par exemple 50.000) pour laquelle on peut quantifier très exactement les besoins primaires et secondaires, et mettre en place une économie et une agriculture locales et autonomes, permettant à chacun de survivre de manière indépendante.

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